« Jean qui pleure et Jean qui rit » – 1

Jean qui rit et pleure petit Pourquoi tenir un blog et brusquement disparaitre des écrans pendant de nombreux mois ?

Parce que nous sommes le fruit de ce que nous vivons. Certains fruits sont exquis, me font rire et me donnent envie de partager ma joie, mon enthousiasme,mes connaissances et expériences. D’autres sont amers, me font pleurer et m’ôtent tout désir de communiquer.

Ce croquis aux pastels secs m’a donné envie de le partager. Il résume bien ce double aspect de la nature humaine et explique aussi mon long silence.  Je l’ai improvisé au cours d’un atelier sur le portrait, tenu par une de mes amies Laetitia Paccoud, qui anime des cours d’arts plastiques formidables pour adultes et enfants : Histoires d’artistes.

Bien loin de mon style de peinture habituel, je me suis vue spontanément réaliser un auto-portrait pour le moins inattendu, que j’ai immédiatement intitulé Jean qui rit et Jean qui pleure. Il résumait bien ce que je ressentais et la curiosité m’a poussée à chercher l’origine de cette expression.

 Du XVIIIème siècle ! De notre grand écrivain et philosophe, Voltaire ! L’œuvre (version intégrale) étant un peu longue, en voici un extrait, pertinent à mon propos :

« Jean qui pleure et qui rit « 

[…] Et que la loi suprême est qu’on souffre et qu’on meure,
Je pleure. 

[…] Cent plaisirs renaissants réchauffent mes esprits :
Je ris. […]

Il le faut avouer, telle est la vie humaine :

Chacun a son lutin qui toujours le promène

Des chagrins aux amusements.

De cinq sens tout au plus malgré moi je dépends :

L’homme est fait, je le sais, d’une pâte divine ;

Nous serons tous un jour des esprits glorieux ;

Mais dans ce monde-ci l’âme est un peu machine ;

La nature change à nos yeux ;

Et le plus triste Héraclite

Redevient un Démocrite

Lorsque ses affaires vont mieux.

 

Jean qui pleureAnnick qui pleure

Ce montage de la partie qui pleure, c’est ce que je vis avec ma famille depuis six mois. Maman meurt lentement d’un cancer des bronches. Ma mère, ma sœur et moi… A nous trois, nous l’avons pourtant vaincu 5 fois! Et c’est lui, le crabe, qui va avoir le  dernier mot !?

Ces derniers mois sont étranges, à la fois vidés de tout ce qui semblait jusqu’à présent si important dans ma vie et pleins d’une seule chose, l’accompagnement d’un être cher vers la fin de son chemin, ainsi que le resserrement des liens avec ceux qui restent et notre chagrin à tous. Au seuil de la mort, ne demeure que l’amour que l’on veut transmettre, quand il est encore temps.

Tout cela mobilise les journées, l’énergie, les émotions ; cela prend toute la tête et le cœur. Il ne reste rien pour la peinture, les ateliers, donner aux autres. D’où mon silence.

Pourtant, dans ce chaos, subsistent des instants de paix, d’équilibre, voire de joie ! Une magnifique nouvelle s’est matérialisée dans ma boite aux lettres, il y a un mois ! Une proposition de contrat par une maison d’édition française, pour la publication de mon autobiographie :

GUERIE PAR MON SECOND CANCER

De peintre en trompe l’œil à peintre de l’âme

Le titre est un brin provocateur bien-sûr, surtout en ce moment, mais il reflète ce que je ressens dans mon cœur. Oui, malgré le destin de Maman, je crois toujours, profondément, à ce que j’ai écrit.

Prochain RV : Jean qui rit et les deux visages de Janus.