Le bouquet peint : du contrôle au lâcher-prise

J’ai de nouveau participé à un atelier d’arts plastiques de Laetitia Paccoud, Histoires d’artistes. Sujet : la découverte d’Odilon Redon et l’usage des pastels secs qu’il a beaucoup utilisé. Comme pour l’atelier sur le portrait, je n’avais aucune attente particulière, si ce n’est l’envie de pratiquer ces fameux pastels, pour la première fois. Ah, le bonheur de se couler dans la peau d’une étudiante débutante, loin des exigences professionnelles ! Et c’est dans cet agréable lâcher-prise que j’ai, là encore, jeté sur le papier une surprenante création, à des années-lumière de mon style habituel !

Mais d’abord, petit retour en arrière… Argh ! Pas si petit, presque 20 ans !

Marqueterie de pierres dures en trompe l’œil Annick Augier

1995 – Rome : première commande de ce type, précurseur de bien d’autres. Peinture ou marqueterie de pierres dures ? L’une et l’autre. Ceux qui ont visité Florence n’ont pu manquer d’admirer ces somptueux puzzles de marbres et de pierres semi-précieuses, mis à la mode dès la Renaissance par les Médicis. L’Opificio delle pietre dure créé en 1588 par le Grand-duc Ferdinand 1er porta cet art prestigieux à son apogée. Certaines compositions sont si remarquables qu’on les nomme Peinture de pierre. A voir pour le croire!

La mienne, évidemment, n’est le produit que de techniques picturales, acrylique et huile. Simple, non ? Je confesse quand même un ingrédient invisible : l’utilisation de feuilles d’aluminium et de cuivre. Le comment reste mon petit secret, accessible à mes seuls élèves préférés ! Le cadre, lui, est une imitation de la précieuse loupe de noyer. La seule photo retrouvée dans mes archives n’est malheureusement pas terrible, mais je vous assure que l’effet trompe l’œil des matières était bluffant et avait ravi ma cliente.

Bouquet acrylique et huile, partie d'un trompe l'oeil Annick AugierUne évidence : il n’y a pas création plus contrôlée  et rigide que ce bouquet de pierres, aussi bien dans la réalisation pratique que dans la nature même de la chose imitée. Bon, à  mes débuts comme peintre en décors et trompe l’œil, je me régalais dans l’imitation de la matière. Solide, sans complication.  Bigrement rassurante, je trouvais.

2005 – Côte d’Azur : commande d’une terrasse en trompe l’œil, en prolongement d’un balcon existant. Le bouquet ornant le rebord de l’ouverture est de facture classique. Son rôle est de meubler un premier plan de façon décorative. Plus de souplesse que pour le premier, mais recherche de la vraisemblance quand même.

 

 

 

Inspiration lointaine d'Odilon Redon par annick Augier2014 – Grenoble : libre interprétation aux pastels secs d’une œuvre d’Odilon Redon. Boum ! En trois quart d’heures m’est sorti des mains ce bouquet tout de guingois, aux fleurs jetées « à la va comme je te pousse », plus suggérées qu’autre chose. Ni fait, ni à faire, diamétralement opposé à ma recherche habituelle de l’abouti, de la perfection jamais atteinte. Pourtant, il m’a mise en joie !

Certes, il exprime quelque part la même idée que dans l’autoportrait Jean qui rit et qui pleure. Chassez le naturel, il revient au galop. Inutile de se leurrer, aujourd’hui, c’est quand même  ce que je vis, MAIS ici, la gaieté prédomine, je trouve !

  •  à gauche, un embryon seulement de bouquet triste, mais dans la zone du passé, ouf !
  •  à droite, un bien joyeux bouquet, dominé par un tournesol triomphant, toujours tourné vers le soleil, symbole de bonne humeur. Une cascade de petites fleurs roses et rouges accompagnées de jeunes feuilles d’un vert tendre, dégringolent allègrement, hors de tout contrôle, vers l’avenir.

En somme, un bouquet optimisme, annonciateur d’un devenir riche de promesses.YES !

Une dernière confidence : à la recherche d’un nouveau souffle depuis quelques mois, j’ai envie de peindre autrement. Moins dans la forme exacte, plus dans l’essentiel et le dépouillement. Dur dur de quitter ce qui rassure, ce qui fait qu’on se sent confortable. Cette semaine, deux idées sont apparues à ma vision intérieure. Une toile est posée sur le chevalet, quelques lignes esquissées à la craie. Je finirai bien par me jeter à l’eau. Et si c’est raté ? Je recommencerai.

Après tout, le chevalier de Méré, écrivain et fort honnête homme du XVIIème  affirmait : «  celui qui ne veut pas se hasarder ne doit pas songer à s’élever. »

Alors, que diantre, hasardons-nous et tâchons de bien nous élever !